
Lolita Curtol Broxolle a 19 ans lorsqu’elle entre à l’Ecole de lutherie de Mirecourt en 2021. Elle fait partie des «nouveaux luthiers » venus à ce métier non par filiation luthière ou racines mirecurtiennes, mais par goût de la musique. Un goût que ses parents lui transmettent dès l’enfance . Elle a sept ans lorsqu’elle commence l’apprentissage du violoncelle et découvre l’univers d’un atelier de lutherie.
- Le violoncelle et l’atelier

De la 6e à la terminale, Lolita Curtol, inscrite à l’école de musique de Montbrison, partage son temps entre les matières scolaires obligatoires enseignées le matin et la musique et autres options artistiques (danse, chorale, théâtre) enseignées l’après-midi. Attirée très tôt par la lutherie, elle fait un stage, lorsqu’elle est en 3e, chez le luthier Patrick Charton à Saint-Etienne. Après la terminale elle souhaite s’orienter vers ce métier.
2. Options artistiques et attirance vers la lutherie
Sa première candidature à l’Ecole de Mirecourt n’ayant pas abouti, elle s’inscrit pour la rentrée 2020 à une formation à la lutherie de six mois dans un lycée situé à La Châtre dans l’Indre (Berry). Cette expérience est enrichissante. Elle lui permet de découvrir des instruments variés provenant de différentes cultures (cornemuse, vièle à roue, Morin khuur… ) et de perfectionner sa pratique des outils et de la matière. Ceci aura certainement favorisé son recrutement l’année suivante à Mirecourt.
3. Le plan B
L’été même qui a précédé son inscription à La Châtre, elle avait effectué d’autres stages en relation avec les métiers d’art.
4. Cumuler les stages
A la rentrée 2021, elle est intégrée à l’Ecole de lutherie de Mirecourt qu’elle avait visitée avec ses parents trois ans plus tôt lors des portes ouvertes, quand elle était encore en 3e au lycée. Pour les questions pratiques de logement ou autre, elle se sent soutenue grâce à l’aide du groupe d’élèves plus âgés. Dès le 1er jour, le travail à l’Ecole commence par la fabrication des outils, une entrée en matière qu’elle trouve tout de suite passionnante.
5. Fabriquer ses outils

La promotion comporte 12 élèves avec une répartition genrée qui comprend 7 garçons et 5 filles, montrant une tendance claire dans l’apprentissage de la lutherie, c’est-à-dire la participation de plus en plus importante des filles depuis une décennie. Pour Lolita Curtol, la première année est inspirante car source de découvertes.
6. La 1e année et la fascination des copeaux
Lolita Curtol a beaucoup apprécié la pédagogie de ses enseignants, chacun avec sa personnalité. Elle dépeint l’un de ses professeurs comme un modèle qui inspire ses élèves, rappelant la manière dont plusieurs luthiers des générations antérieures ont décrit les «maîtres » qui les ont formés.
7. La posture
Expliquer un geste ou au contraire le montrer sans commentaire sont des méthodes utilisées conjointement par les professeurs. Il s’agit en fait pour les apprentis luthiers de comprendre l’intérêt d’un geste. Lolita Curtol trouve qu’une ambiance extraordinaire se crée dans l’atelier entre les élèves liés par le désir d’apprendre et la concentration sur leur ouvrage.
7b. Atelier studieux et ambiance collective

Tous les élèves passent en 2e année où leur tâche sera de fabriquer un violon et un alto, et enfin de vernir le violon de 1e année. En 2e année, pour le DMA1 (Diplôme des Métiers d’Art), 2 élèves ayant abandonné en cours d’année, la promotion compte 10 élèves auxquels se rajoutent 4 redoublants.
En DMA2, il s’agit de fabriquer un instrument de son choix. Lolita souhaite faire un violoncelle mais ne sait comment orienter son choix. Chez un luthier de Mirecourt, elle découvre un violoncelle qui l’intéresse, daté de 1933 et fabriqué par Albert Blanqui, luthier niçois. Quelques mois plus tard, pour faire les relevés de l’instrument, elle devra suivre le violoncelle qui est parti chez un luthier de Mulhouse.
7c. Un violoncelle d’Albert Blanqui
Au-delà de la pression que ressentent les élèves, l’objectif final est de faire un instrument « dans le style de… » et de réaliser le mémoire sur le luthier choisi. Les élèves font le moule de l’instrument l’été pour qu’il soit prêt à la rentrée.
8. La fabrication du moule
Lolita Curtol a beaucoup apprécié la fabrication du violoncelle, une opération de force que les anciens jugeaient complètement incompatible avec la constitution féminine.
9. L’ébauchage du violoncelle

Des demandes de luthiers arrivent à l’école en fin de dernière année (DMA2) pour recruter de jeunes diplômés. Finalement, Lolita Curtol contacte l’atelier Hommel à Marseille et à l’issue d’une semaine d’essai en juillet, elle est embauchée pour le 2 septembre 2024. C’est le moment de la rentrée avec beaucoup d’instruments à monter et à régler, un travail moins passionnant et créatif que l’apprentissage de la fabrication d’instruments. Mais, à la période de creux, elle reprend des activités qui la motivent pleinement. Elle se forme avec bonheur au travail de restauration des instruments, avec l’aide des luthiers de l’atelier qui à la fois lui montrent comment faire mais lui disent aussi de prendre des initiatives. Elle aime beaucoup la fabrication d’instruments et espère pouvoir revenir y dans le futur.


Ce billet présente l’une des enquêtes menées par l’anthropologue Hélène Claudot-Hawad sur « Les nouveaux luthiers ». Le corpus constitué à partir de 2012 a été en partie déposé à la phonothèque de la MMSH et pour la collection complète au Musée de la lutherie de Mirecourt.
Présentation du corpus : Après s’être intéressée aux parcours professionnels des luthiers nés au début du XXe siècle, la plupart originaires de Mirecourt, Hélène Claudot-Hawad a poursuivi ses recherches sur les nouvelles générations de luthiers formés à partir des années 1970 dans un contexte professionnel en pleine renaissance après une crise qui a menacé ce métier de disparition en France. Ni l’origine mirecurtienne, ni l’appartenance à une famille de luthiers n’ont déterminé le choix de ces nouveaux luthiers dont les parcours variés ne passent pas tous par Mirecourt. Aujourd’hui, de nouvelles tendances apparaissent : la féminisation du métier et la reconstitution des lignées luthières par les descendants des nouveaux luthiers, réactivant le critère de la filiation comme facteur d’orientation professionnelle, dans un contexte cependant très différent de celui de la première moitié du XXe siècle.
Présentation du corpus sonore sur Les carnets de la phonothèque http://phonotheque.hypotheses.org/a-sonores/le-metier-de-luthier
Citer cette enquête : Curtol Broxolle, Lolita (interlocutrice) ; Claudot-Hawad, Hélène (enquêtrice). “C’était génial ! L’enthousiasme d’une jeune luthière sur sa formation”, . Enregistrement numérique : 61min (Enquête hch_serie3_005).https://luthiers.hypotheses.org/2768, In Carnet de recherche : Le métier de luthier ISSN 3002-6091
Crédits photographiques : Hélène Claudot-Hawad (Source : Enquête sur les “Nouveaux luthiers”, 2012-2025) ; 2e photo : coll. particulière Lolita Curtol ; avant-dernière photo : Bruno Aprile-Gniset Tous droits réservés.
































































